Caleçon

Publié le par Jean Leznod

Fernando Botero
Fernando Botero

Quel caleçon mettre pour cette première rencontre ? Il fallait vraiment que je me décide car le moment fatidique se rapprochait.

J’en possède une vraie panoplie, des plus stricts à certains, parés de fantaisie. De plus, j’avoue être incapable de m’en débarrasser, même les plus vieux. A ma décharge, si vous voulez bien considérer qu’ils côtoient ma plus stricte intimité, chaque jour et chaque nuit de ma vie, il me parait normal et sain que je m’y attache.

Je ne comprends pas d’ailleurs ceux qui négligent cet élément essentiel pour leur bien-être. Et je ne vous parle pas des adeptes du slip, ils sont encore bien pire. Je ne les envie pas, je les plains. Cela étant dit, je suis trop fébrile et énervé comme cela pour vous faire ici et maintenant le procès circonstancié de l’ennemi juré du caleçon. Qui sait, peut-être une autre fois, vous constaterez que j’ai tous les arguments pour abattre ce vulgaire bout de chiffon rapetissé. Il ne fait nettement pas le poids, comparé à mon large et ample sous-vêtement de prédilection.

Je me refuse aussi à vouloir en connaitre le nombre. Il doit être impressionnant et cela pourrait me restreindre, ce qui n’est pas le but.

Pour vous dire, mes cinq commodes ne suffisent pas à les contenir. Il y en a même de dissimulés un peu partout dans mon appartement, espace oblige...

S’il vous prenait l’idée d’ouvrir un tiroir ou un placard, acte que je n’autorise qu’à mes proches, vous en rencontreriez plus d’un. Je les fourre là où il me reste de la place, surtout ceux que je considère comme démodés, il suffit de regarder, ils débordent souvent de tous les côtés, faute de place.

Attention, ils sont bien rangés à l’abri de la poussière dans des pochettes en plastiques hermétiques, ce qui augmente leur durée de vie.

J’aime les caleçons, c’est comme cela. Je n’en ai aucune honte, et même, j’en tire une certaine fierté. D’ailleurs, si on en croit les magazines, c’est le sous vêtement préféré des femmes.

Une amie que j’avais invitée à diner à la maison, ayant dû ouvrir plus de deux placards dans la soirée pour m’aider, s’était même à juste titre écriée, « mais c’est un vivier pour caleçon ici, tu en fais un élevage ! », sans pour autant fuir mon humble demeure. Elle me parut même intriguée, presque sous un certain charme, le charme du caleçon ?

Mais tout cela ne m’aidait pas, je devais en choisir un, l’élu du jour, tant attendu, qui me permettrait de me sentir à l’aise et donner le meilleur de moi-même, parmi cette gamme riche et variée que j’accumule depuis des années.

J’avais donc beau chercher, faire des essayages à la chaîne, et me contempler longuement dans la glace. Je testais toutes les postures, assis, debout, allongé, accroupi. Même en singeant, tant bien que mal, le penseur de Rodin, j’imaginais que cela m’inspirerait, je n’arrivais pas à me fixer sur un de ces fichus caleçons.

En temps normal, je sais exactement lequel porter en fonction de l’occasion, et, automatiquement, je choisis toujours le bon. Mais là je séchais.

J’avais bien essayé de faire une « short list », elle changeait tout le temps.

J’avais parcouru les magasins, en quête de nouvelles trouvailles, repartant avec des sacs en plastique pleins à ras bord, déambulé dans le tout Paris, mais rien, rien n’était à la hauteur. Les jouer à pile ou face, interroger mon horoscope, une amie qui sait tirer les cartes, pour aiguiller ma décision, n’avaient pas fonctionné non plus. J’étais obsédé par ce choix difficile qui occupait presque tout mon temps libre. Quel serait le bon caleçon pour ce jour qui arrivait si rapidement ?

Cette histoire me hantait depuis plus d’une semaine, il était hors de question que je rate mon entrée dans le monde professionnel.

Publié dans Divers mots

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champion zee 04/07/2015 23:32

C est tellement bien ecrit .. ca decrit a la perfection l interet obsessionnel que l on peut porter pour un detail.. si vous etes un anxieux ou que vous avez cottoye de pret quelqu un qui l est.. ce texte vous transmettera au dela de l humour.. une certaine angoisse.. cette meme angoisse, qui par un phenomene paranormal, fait que etre ou ne pas etre, a un moment crutial de votre vie est soudain l affaire d un detail..

Béatrice 01/06/2015 22:44

merci...quel humour...j'ai beaucoup ri!

Jean Leznod 12/06/2015 17:14

Merci Béatrice et vive le rire c est si bon !

Isa 26/03/2015 12:12

Je comprends cet intérêt particulier pour cet élément de notre intimité la plus intense... ils sont les témoins de nos enthousiasmes et de nos défaites :-) A quand un post sur le string ???