Chemin

Publié le par Jean Leznod

Au tout début dans ce ventre douillet,
Nul ne s’imagine qu’il devra gambader.
Extirpé, où suis-je, aveuglé par la lumière,
Je crie d’abord mon ressentiment de colère.

Mais que vois-je, un chemin.
Est-ce que je déroulerai son faste destin ?
Je rampe, je marche, je me tiens debout.
Toujours plus haut, toujours plus loin, sans jamais atteindre le bout.

Je grandis, je dévale sur un vélo, je prends le train, l’avion, je fais le tour du monde.
Je m’enrichis des autres, de ma liberté de penser, de la diversité et de la beauté, ces ondes fécondes.
Avec ce bâton à la main qui me soutient, je gravis le col de l’âge mûr.
J’en ai fait une épée aiguisée, bien pratique pour percer les murs.

Ce qui ne tue pas m’a grandi.
Et de tout le reste j’ai joui.
Le temps passe, je me pose, le sommet ne doit pas être loin.
L’ombre du crépuscule approche, j’ai eu beaucoup déjà et je ne désire plus rien.

Sauf tous ces mots qui resteront gravés dans mon cœur.
L’harmonie qui jaillissait de leurs riches couleurs.
Ils subsisteront après mon trépas.
Je peux donc vous dire adieu le chapeau bas.

Une dernière fois, mon regard embrasse la vallée, le sillon formé par ces pas ténus.
Maintenant je sais que je ne reviendrais plus.

Publié dans Poésie

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isabelle 29/09/2015 05:40

Le cours d'une vie tel celle d'un fleuve, rêveuse, je pense à la Loire qui s'étale sur de surprenantes plages, cache de sombres courants et abreuve la douceur d'un paysage dans une offrande que celui du coeur d'un être peut comprendre en réalisant sa propre fluidité. Une traduction personnelle de ce beau texte. merci.

Jean Leznod 29/09/2015 08:32

Merci fidèle Isabelle et je suis ravi que ce poème vous ait inspiré cette belle allégorie qui a mon tour me donne des idées :-)