SPÉCIAL SYRIE (Dossier réalisé par Infusion Revue), mon humble contribution, un devoir sans relâche

Publié le par Jean Leznod

Parce que je crois que l’écriture est aussi un acte politique (dans le bon sens du terme) et que l’art est universel, car il réunit les hommes, j’ai immédiatement répondu favorablement à la proposition d’Infusion Revue de participer à ce dossier SPÉCIAL SYRIE, en hommage au collectif syrien de vidéastes Abou Naddara, actif depuis les débuts du conflit.
Partout où le peuple subit la guerre, ce récit veut porter un espoir grâce à l'art.
 
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Un devoir sans relâche
 
Les bombes tombent sur la ville
Plus personne n’ose sortir, n’est tranquille
On se réfugie dans les caves, sous terre enfouis
En priant dieu sait qui, de ne pas être ensevelis
 
La faim tiraille les ventres impotents
La soif sèche les lèvres
À chaque fracas qui tombe, foudroyant
On entend les pleurs d'un enfant, en fièvre
Et puis un silence assourdissant
 
Et là au milieu des décombres
Assis les téméraires sur de vagues pierres
Et couverts de sèche poussière
Trois artistes discourent dans la pénombre
  
Le premier, un jeune musicien :
« À quoi bon peut servir l’art dans tout cela ? Comment penser à la beauté, au moindre concept, lorsque son existence est en danger, lorsqu’on vole, tue, pille, viole vos frères et vos sœurs ? Ne devrions-nous pas nous aussi prendre les armes ?»
 
Le second, un danseur d’âge moyen :
« Avec tes mains de musicien, tu crois en être capable ?  Sais-tu ce que c’est que donner la mort ? Tu penses que tu en aurais la force et le courage. Pourras-tu seulement te regarder dans un miroir après ? Si ta réponse est l’affirmative, tiens, je te prends au défi, vois-tu, je ne suis plus très jeune et je me sens rouillé ; je n’ai même plus le goût de la danse et puis mourir ici ou d’une balle d’un tireur isolé, peu importe en définitif, commence donc par apprendre avec moi… »
Une rafale de coups de feu éclate au loin. Quelques secondes passent sans qu’aucun des protagonistes ne prononce la moindre parole.
 
Le troisième, un vieil homme, peintre et poète les interrompant enfin :
« Mes frères artistes, est-ce bien le moment d’abandonner notre cause, clamer haut et fort les transports de l'esprit et des sens ! Voilà notre combat, contre toutes les dictatures ! Et c’est justement ce dont a besoin le monde, un ciment, s’il veut se rebâtir, sur des bases saines, libres, diverses et éclairées qui éviterons peut-être demain toute cette ignominie. Vous n’avez pas honte de baisser les bras ! »
 
On entend un bruit de tonnerre, suivi d’hurlements déchirants, qui se répandent infâmes et brûlants dans l’atmosphère, le sol tremble presque. Cela doit être un obus qui a dû atterrir non loin d’ici. Une ou deux minutes passent et puis plus rien.
 
Le musicien sort une flûte, lève brièvement les yeux
Et se met à balbutier quelques notes d’abord
Qui se transforment en un flux mélodieux
Remplissant l’espace, qu’elles s’accordent !
 
Le danseur, tel un pantin sorti d’un mauvais rêve, se rue debout
Gesticule et réalise, ce qui semble être des étirements
Brinquebalants, puis souples, enfin époustouflants
Des bonds de légèreté, de grâce et de beauté, quel bon goût !
 
Le peintre et poète, ramasse à ses pieds, tient dans sa main une pierre noire
Elles ne manquent pas, débris, stigmates de la folie humaine, du vice entonnoir
Dans lequel on sombre si facilement, mais il existe en lui un « résistons autrement »
Sur un mur par une torche éclairé, il dessine un sourire et quel subit encouragement !
 
Subrepticement, ci et là, des billes de lumières émergent un peu partout
Derrière la porte, juste devant eux, à la fenêtre en haut, ou ce qu’il en reste, quatre, six
Encore ici, à droite, à gauche, plus nombreuses chaque fois, elles se multiplient
Ce ne peut être des chats, ils ont été mangés de faim et de force tristesse
 
Mais alors, ce sont des hommes, des femmes, des enfants !
Qui sont venus respirer, la délivrance, la joie
De trois artistes jouant, dansant, dessinant
Leur ciment avec tant de foi !
 
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Poème de Charles Baudelaire ayant inspiré ce texte.
 
La nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles ;
L'homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l'observent avec des regards familiers.
 
Comme de longs échos qui de loin se confondent
Dans une ténébreuse et profonde unité,
Vaste comme la nuit et comme la clarté,
Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.
 
Il est des parfums frais comme des chairs d'enfants,
Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,
- Et d'autres, corrompus, riches et triomphants,
 
Ayant l'expansion des choses infinies,
Comme l'ambre, le musc, le benjoin et l'encens,
Qui chantent les transports de l'esprit et des sens.

Publié dans Revue de mots, Poésie

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maposie 05/04/2016 17:01

Départ c'est difficile
Fuir son pays
Comme la Syrie
A cause de la guerre
Fuir sa terre
Pour un avenir.
Un devenir
Incertain
Sans lendemain.
Les portes se ferment
Les frontières se ferment .
Face à la détresse
Quelle promesse ?
Arrêter les guerres
Sur cette terre.

regine 02/04/2016 12:37

tres beau poeme sur un beau texte
Doukoureux ,affreux ,inhumain que dire ,,les guerres sont nées avec le monde malheureusement
Dieu nous en préserve